dimanche 26 septembre 2010

Début


Une tradition, c'est important. Cela permet de définir le comportement d'un clan. Certaines balises sont indispensables dans une vie de groupe. Et une des traditions de La Fan Club, c'est le top. Parcourez les archives de ce blog, et tel le docteur Jones vous découvrirez des trésors de classements. Cette fois le sujet d'étude est la scène d'intro.

Devenue un gimmick souvent faisandé et putassier avec les temps, la scène d'introduction est un exercice plus complexe qu'il n'y parait. Lorsque choix est fait de miser sur une première scène forte, plusieurs facteurs doivent permettre au metteur en scène de réussir son coup :

-iconisation immédiate d'un ou plusieurs personnages
-ambiance clairement définie, mystérieuse et/ou dangereuse, mais quoi qu'il en soit le film doit présenter une toile de fond et une saveur particulière
-visuel soigné et tour de force technique (presque) obligatoire
-en plus du choc visuel, la scène doit provoquer une décharge émotionnelle au spectateur.

Let's the ride begin...

10- Speed


Jan De Bont passe plus de 10 minutes à nous présenter son trio de protagonistes principaux. Le tout mixé dans un jeu de cache-cache tendu qui culmine 2 fois! Deux cliffhanger en 10 minutes, entre une chute d'ascenseur et un mexican stand-off à la dynamite. Les deux flics (Reeves et Daniels) n'ont besoin que de 3 répliques pour prendre forme et poser les bases d'un duo qui portera le film sur ses épaules sans problème. Hopper fait le boulot et provoque la crainte autant que la sympathie dans la peau de son vieux fou pas avare en punchline. Gros mots, attitude bad-ass, action maîtrisée, voilà qui ouvre parfaitement ce petit classique de l'actionner et prépare le chaland aux montagnes russes qui s'annoncent vertigineuses. Un des derniers de son espèce.


9- L'arme fatale 2


Joel Silver comprendra très vite l'importance d'une scène d'intro réussie (au rayon de ses réussites on peut compter l'intro démente de Predator 2). Pour sa saga policière culte, chaque épisode devra surpasser le précédent. Le premier présentait ses personnages. Murtaugh à une semaine de la retraite et Riggs au petit déjeuner bière/clope. Pas besoin de se répéter. Le duo de flic le plus classe de l'histoire du cinéma se frottera par 3 fois à des situations fortes en adrénaline. Dans le 3 et le 4, ces micros évènements n'auront aucun lien avec le reste du scénario. Ils serviront de prétexte à explosions géantes et gags très moyens. Le 2 ,lui, s'ouvre sur une poursuite mémorable. Tous les flics du commissariat sont impliqués dans une chasse aux blonds. Plusieurs éléments viennent coller le spectateur dans son fauteuil. Premièrement, aucune explication ne vient préciser le pourquoi du comment. Le message est clair. Pas de temps à perdre. Riggs est hystérique et Murtaugh tout paniqué à l'idée de bousiller la voiture de sa femme (ce qui finira évidemment par arriver). L'éternelle opposition chien fou/vieux sage reprend ses droits. Personne ne comprend le langage des fuyards, ce qui apporte une touche de confusion et un élément dramatique supplémentaire. Plusieurs points de vue, des personnages secondaires solidifiant la toile de fond, des berlines de luxe et des explosions... . La recette fonctionne à plein régime. Il n'y a plus qu'à se laisser porter jusqu'au bout de la nuit. Parce que ce soir il n'est pas flic...


8- À toute épreuve


Du thé on en trouve partout. Des gunfight aussi. Mais pas comme celui ci. Pour ses adieux à la colonie, John Woo décide de bâtir un édifice pyrotechnique sans précédent. Et pour que sa construction tienne la route, les fondations se doivent d'être solides. En donnant le premier rôle à son pote Chow Yun Fat, Woo esquive les présentations. On sait que le "à toute épreuve" du titre, c'est lui. Quelques secondes après avoir joué de la clarinette et enfilé un téquila-tonic, Tequila (Fat) et ses collègues tendent un piège à des trafiquants d'armes dans un salon de thé. Au sommet de sa forme, Woo balance le spectateur dans une bataille rangée en espace clos, une prouesse encore jamais vue. Mais la force de cette séquence, qui annonce la nostalgie dans laquelle baigne le film, réside dans les ressorts dramatiques du scénario. En lieu et place de la confrontation bien/mal, Woo (comme à son habitude) brouille les pistes, opposant in fine flics contre flics. Sur ce, on embarque pour la suite déjà fatigué par tant de violence. Plus de nouvelle du maître depuis.


7- 28 semaines plus tard


L'horrible dénouement de cette séquence justifie presque à elle seule sa présence ici. Fresnadillo comprend qu'il ne peut pas tourner autour du pot. L'ambiance imposée par Boyle sur le premier volet ne laisse pas de marge de manoeuvre. Cette Angleterre est foutue. Les hommes sont des lâches, et leur destin pas très brillant. L'attaque sera brève, sauvage, conclue par un miracle de mise en scène (plans + musique = perfection) dont on ne se relève pas tout à fait. La preuve, le film est bon, mais peine à se hisser au niveau de cette séquence traumatisante.


6- La Horde Sauvage



Pour bien présenter un groupe, le placer dans une situation où tout semble foireux dès le départ demeure une bonne approche. Mais lorsqu'en plus de présenter le groupe de héros, on choisit de présenter le groupe sensé les choper, alors là, la difficulté augmente. Peckinpah, qui n'atteindra jamais plus ce niveau d'excellence, présente au spectateur dans cette introduction :
-une époque mourante
-un groupe de braqueurs vieillissant, soudés autour de leur leader. Les seconds couteaux sont rapidement identifiés (l'ami fidèle du chef, le chien fou, le calme, la brute)
-un groupe de mercenaires chargés de coincer les héros. Composé de redneck dégueulasses et d'idiots du village, ces "bons" sont vite catalogués comme une menace. leur chef est un vieux briscard qui connaît trop bien ses proies.
-une société cruelle, où des enfants torturent des animaux, et ou des prédicateurs de pacotille manipulent de bien trop inoffensifs citoyens.
Voilà comment en à peine 15 minute, le grand Sam annonce ce que sera son film. Un long voyage d'adieu au côté d'hommes exclus de leur monde. Avant de conclure ces 15 minutes dans une version courte de son massacre final. Poussières, sang, dollars et regrets.


5- La soif du mal



Sans être le chef d'oeuvre absolue de son auteur, la Soif du mal est un excellent film. Bien tordu et habité par une volonté de mettre en scène avec un sens du baroque hors du commun. Le plan séquence inaugural fera beaucoup parler, à juste titre. Monument de minutie, cette chorégraphie du chaos n'a pas pris une ride. Welles donne à son film une entrée en matière idéale. Cette histoire de vengeance attrape le spectateur par les tripes dès les premières secondes pour ne plus jamais le lâcher. Bien que très manipulateur, ce procédé est ici utilisé avec génie. Il faut le voir et le revoir, pour assimiler la tonne d'informations délivrées aux quatre coins du cadre.


4- Indiana Jones et le Temple Maudit



Voilà comment Spielberg s'amuse. Et nous divertit. En filmant une comédie musicale chantée par une américaine en mandarin dans un club de Shanghaï. En plongeant le Docteur Jones (plus que jamais James Bond) dans une partie de poker menteur contre les triades. En manipulant le décors, et découpant brillamment toute la séquence. En injectant de l'humour et en épousant un rythme endiablé où tout se mélange, sans que personne ne soit perdu. Introduction exceptionnelle pour la plus grande aventure du Dr Jones, car elle ne s'arrêtera qu'au bout de 2 heures. Le fun balaie tout sur son passage. On trouve dans cette séquence tout le talent de Spielberg et tous les domaines dans lesquels il excelle. Impossible de trouver meilleur dans son genre.


3- The Matrix


Voilà un film au concept si fort, qu'en cas de scène d'intro foireuse, tout peut se casser la gueule. Présenter une idée de monde parallèle en à peine 10 minutes, où les personnages peuvent figer le temps et faire des bons de 15 mètres relève du défi. Un sens du découpage aiguisé, allié à la puissance d'évocation de plans tenant plus du comics que du story board placent immédiatement le spectateur sur les bons rails. On comprend vite que Trinity est du bon côté, et qu'elle va en chier pour échapper aux flics et surtout aux "agents" lancés à ses trousses. À la fin de la poursuite (camion contre cabine téléphonique), on ne sait pas qui a échappé à qui et quelles étaient les véritables motivations de chacun. Mais emballée dans un visuel fort entre deux scènes d'action innovantes, cette séquence nous entraîne fatalement dans le terrier.


2- Snake Eyes


Peu importe que le plan séquence initial n'en soit pas un, mais alors peu importe vraiment. De Palma organise un ballet unique, 15 minutes incroyables, présentant des informations d'une incroyable banalité. On comprend vite que cage est un flic un peu limite, bien dans ses pompes et frimeur. 15 minutes pour nous prévenir. Cage a l'air d'un con, mais il n'en est pas un. Car le complot qui se trame derrière lui va balayer ses principes, en même temps que la tempête va rincer une ville de jeu, de pêché. Pas la peine de chercher plus loin que la théorie. Film laboratoire ultime, les 109 minutes de Snake Eyes reposent sur ces 15 minutes. Comment donc passer 94 minutes à démêler les 15 premières, où il semblerait que l'on ne voit rien? Asseyez vous et assistez à une leçon d'entertainment comme il est très rare d'en voir. Il est d'ailleurs très amusant de regarder en boucle cette première séquence, et de déceler peu à peu les ficelles et les techniques de De Palma. En même temps que la maîtrise affichée pour mettre en place un tel casse tête. Maîtrise.


1- Strange Days


Un plan séquence en vue suggestive, où l'on court, respire et meurt avec le héros. Une idée fantastique qui permet à Bygelow de rentrer dans le vif du sujet. Le voyeurisme et le plaisir (lié au danger) qu'il procure. Idée de science fiction génialement mis en scène, la sensation par procuration est tout de même l'un des moteurs du cinéma de divertissement. Être le héros, sauf qu'ici c'est jusqu'au bout. Techniquement folle, cette séquence d'introduction comprend tous les éléments indispensables pour réussir son entrée en matière.


Sonny

7 commentaires:

smart ass a dit…

Bravo. Ca c'est des top 10 comme je suis pas sûr de savoir en faire. Fun et instructif à la fois. Et en plus j'ai pas vu de fautes.
Je voudrais contribuer à ce mètre-étalon que je pourrais même pas.
Bon alors je fais quoi ?
Je me pète une dent ou je me tatoue une Dodge Charger, faudrait savoir merde !

C'est nous les gros a dit…

Rigoureux même si je ne suis pas complètement d'accord.
Ça fait néanmoins plaisir de voir des ganaches et de lire des mots qu'on aime, un dimanche soir avant d'aller se coucher pour écouter du Carpenter.

Bonne nuit donc.

J.

THE HUNTER a dit…

voilà la on y est !!

Anonyme a dit…

Et l'intro de Blade alors ?
c'est le contre exemple parfait: une intro impec, un film de merde ...

Johnny Utah

darkdavor a dit…

Forcément subjectif, mais carré.

smart ass a dit…

Autant l'intro de Blade est excellente dans sa forme come dans sa composition (victime + danger + apparition du héros icônisé), autant dans mon top 10 je l'aurais pas mise.
Sauf dans un top 10 d'intro de films de super-héros toutes marques confondues: entre X-Men 2 et je sais pas qui d'autre, là à fond de cul par contre !

Anonyme a dit…

Il y a évidemment plusieurs scènes qui pourraient prétendre à une place dans ce top. Perso, la seule avec laquelle j'étais vraiment en balance et qui comprend tous les éléments indispensables (icônisation du héros, technique irréprochable et innovante, suspens et action haletante) est l'intro de Mad Max. Disons qu'elle se classe 10° ex-aequo.

Sonny