lundi 29 novembre 2010

Black Monday

Et oui, comme chacun sait, aujourd'hui est décédé un homme qui dans nos coeurs tient une place particulière. J'ai plein de truc important à faire, mais là, franchement, comment ne pas prendre dix minutes pour rendre hommage à Irvin Kershner.

Le plus incroyable, c'est qu'on ne se retournera pas sur la carrière de réalisateur de Kershner comme on le ferait pour un Spielberg ou un Leone. Faiseur, voilà comment on pourrait résumer le profil d'Irvin. Complètement implanté à Hollywood, Kershner a traversé plusieurs décennies en artisan à la botte des studios, réalisant efficacement les pages de scripts qu'il avait dans les mains. Je vais pas me la raconter, j'ai vu 4 films du bonhomme, mais d'après mes informations, c'est le résumé le plus fidèle qui soit. Les yeux de Laura Mars (sur un scénario de Big John), Jamais plus Jamais (excellent chapitre Bondien et parfait bras d'honneur à la mafia Broccoli) et Robocop 2 (film malade et touchant, dingue et malsain). Tous d'excellents divertissements, à la réalisation irréprochable. Kershner savait poser un regard sur ses personnages. Son Bond mal élevéet sur le retour demeure l'un des tous meilleurs épisodes de la série. Et que dire de Robocop 2, film heavy metal complètement barré, enterrant le premier épisode au rayon "politiquement incorrect". Les Yeux de Laura Mars est un très bon film à suspens, mais faudrait se refaire une idée (car vu sur La 5). Mais j'ai souvenir d'une bonne dose de flip. Bref, du solide mais pas le pédigré d'un champion. Sauf que l'Empire..... .

Quand Lucas s'attelle à la suite de ce qui vient d'être couronné plus gros succès de tous les temps aux U.S (et qu'on arrête de me parler des conversions en dollars qui donnent Autant en emporte le vent premier), il lui paraît comme impossible de réaliser le film. Quoi qu'on pense du barbu de Frisco, Lucas n'est pas en enfoiré à la mémoire courte. Se souvenant d'un prof de l'USC qui lui prodigua nombre de bons conseils, Georges décroche son téléphone, et du haut de sa toute puissance financière propose les manettes du bébé à Irvin Kershner. Et ouais, comme ça. Choix parfait. Kershner connaît sa place, maîtrise les événements et sait s'adapter. Un réal aux prétentions artistiques? Non, trop de risque qu'il interfère. Lucas a ses idées, et sait à quoi doit ressembler le film. Le problème? Il doit trouver du pognon (ce qui lui vaudra une crise cardiaque et une vertigineuse perte de poids). Le budget du film explose en pré-production, le département des effets spéciaux tâtonne et le scénario, co-écrit par Leigh Brackett et Lawrence Kasdan subit des modifications constantes. Dans tout ce bordel, il faut un bonhomme qui sache garder son sang froid, sans perdre de vue qu'il n'est pas le patron. La date de sortie est fixée. Rien ne pourra dévier de sa trajectoire ce qui sera le film le plus attendue de l'année 1980. Et si le mec sait impulser un souffle à l'histoire, tant mieux. Mais Kershner fera mieux que donner du coffre au film, il lui donnera une âme. Les ficelles des tragédies classiques utilisées par les scénaristes n'ont pas de secret pour lui. On peut dire que L'Empire Contre-Attaque est le projet qu'attendait Kershner pour montrer au monde entier ce qu'il avait dans le ventre. Il saura rendre un scénario à la time line complètement improbable crédible, et donnera une impulsion à l'aventure sans commune mesure avec le premier film. Ajoutons à ça une parfaite compréhension des effets spéciaux et une direction d'acteur sans faille, et on obtient le film le plus abouti de la série. L'Empire Contre-Attaque définira ce que sera la pop-culture et permettra à Georges Lucas de basculer dans la catégorie des nababs tout puissant. Star Wars ne sera plus jamais comme avant. Alors pourquoi Irvin n'a-t-il pas enchaîné avec le Retour du Jedi? Parce que Georges, et c'est là son côté maléfique, écarte les éléments qui pourraient à terme lui faire de l'ombre et le déposséder de son jouet. Kershner prendra d'ailleurs une telle place dans le coeur des fans de la série qu'il est toujours douloureux pour Lucas de parler de pérennité lorsqu'on évoque l'Empire. Si l'Épisode 5 est le meilleur, c'est parce qu'il ne souffre pas de l'intrusion permanente de Lucas. Doué pour s'entourer (Murren, Williams, Kasdan, Brackett ... ), le Georges n'aime pourtant pas trop qu'on marche sur ses plates bandes.

Il est inutile de dresser une liste de tous les détails que nous adorons dans ce film ( une iconisation merveilleuse des personnages -Boba Fett en tête, une maîtrise absolue de la tension dramatique, réalisation au couteaux irréprochable...) . Il faut simplement retenir qu'il est bourré d'imperfections et pourtant la magie opère de la première à la dernière seconde. Kershner n'est pas le seul responsable de ce succès. Mais quand même.

Pour tout ça, pour ce rendez-vous avec l'histoire complètement réussie, pour cet éclat de génie qui vous a traversé et pour tous les souvenirs et le bonheur que vous nous avez procurez, merci Mr Kershner. Sans le vouloir, vous avez réalisé le meilleur film de tous les temps. Je pouvais bien prendre 5 minutes pour vous le dire.





Sonny

1 commentaire:

smart ass a dit…

"Aouch" comme on dit. Mais c'est le cycle de la vie.
Puisse-t-il perdurer en fantôme brillant et discuter éternellement avec Obi-Wan et Yoda !